(Photo Georges 1977) UN CŒUR TRANSPERCE
Peu après ma tentative de suicide, environ une semaine après l’expérience que j’avais vécue, je me rendis chez ma belle-sœur et, lorsqu’elle m’ouvrit la porte, je constatais que deux personnes, un homme et une femme, étaient autour de la table du salon et, visiblement, j’avais interrompu une discussion. Je proposais donc d’attendre dans la cuisine en dégustant en café. Pendant que ma belle-sœur s’en alla rejoindre le couple, je me demandais s’il s’agissait de représentants d’articles ménagers ou bien d’une collection de Larousse. Peut-être étaient-ce des Témoins de Jéhovah.
J’entendis, malgré-moi, la personne barbue parler du besoin de l'homme de partager ses soucis avec son Créateur et encore d’autres choses qu’il m’aurait plu d’approfondir. Pourtant, du fait que ces choses là étaient dites comme ça, à domicile, j'en arrivais, à cause de mes principes, à rejeter tout ce qui avait trait à quelque religion qui soit démarchée en porte à porte.
J’avais déjà vu à l’œuvre de Témoins de Jéhovah tenaces et j’évitais de les provoquer, même si la curiosité était là.
Le barbu était souvent interrompu par la femme et celle-ci argumentait en faveur de ses propos, comme pour affirmer une complicité féminine et mettre ma belle-sœur à son aise. Lorsque, à la fin de la discussion, ils entreprirent de partir, le barbu remit à ma belle-sœur, sur le pas de la porte, un genre de prospectus et, se tournant vers moi dans la cuisine, vint me serrer la main pour me dire au revoir comme le fit aussi sa compagne.
Je n’ai jamais lu ce prospectus ni vu l’adresse à laquelle était liée l'invitation gratuite de ses gens. Une fois la porte refermée, ma belle-sœur respira un bon coup en me disant, d’un air soulagé : J’ai bien cru qu’ils ne me lâcheraient jamais… Heureusement qu’ils ont vu que tu attendais !
Quelques jours plus tard, précisément un dimanche matin, une violente dispute s’engagea entre ma femme et moi, des injures, de la vaisselle cassée (des soucoupes volantes) qui s’écrasaient sur le sol ! M'étant alors résigné à quitter la maison, je pris donc ma voiture et roulais sans but précis dans le centre ville d’Epinal, ressassant l’objet de nos disputes.
Je stationnais sur une place déserte et, laissant là la voiture, je marchais dans un quartier qui m'était complètement inconnu, bien que faisant partie du centre ville. Je regardais alentour s’il ne s’y trouvait pas un café-bar et, tout en marchant le long du trottoir, je passais alors devant une double-porte vitrée, granulée jaune, à travers laquelle je voyais de la lumière. Curieusement, ce qui me fit alors tourner la tête vers cette porte fut un chant bizarre, comme celui d’une école de chorale. Est-ce que quiconque entend un cantique a ce genre d'appréciation ? Je l'ignore, mais c'était la mienne ! J'interrogeais tout d’abord la petite plaque apposée au mur et il était écrit : "MISSION CHRETIENNE" Entrée libre et gratuite…
Comme il était précisément 12 h et 20 mn, je me demandais s’il ne s’agissait pas d’une répétition. Après déductions, considérant que l’Entrée était libre, que c’était ouvert et que l’expérience que je venais de vivre, après ma tentative de suicide, m’avait amené à Dieu de manière si miraculeuse, j'ai pensé : C’est peut-être Dieu qui m'a conduit aussi dans cet endroit !
Courageusement, je différais mon "rendez-vous" avec un bistrot pour faire un pas dans l’inconnu. D’abord ce fut le bout de mon nez qui, à travers la porte à peine entrouverte, scruta les environs. Ensuite, ma tête suivit et, d’un coup d’œil furtif et à mon grand étonnement, devant moi s'alignaient des rangées de chaises et des personnes étaient assises, la tête baissée, marmonnant des paroles dans une langue que je ne comprenais pas.
Personne ne me remarqua car ils me tournaient tous le dos et plusieurs semblaient comme en transe !!! Alors, discrètement, j’osais entrer et m'asseoir dans une chaise du dernier rang. Cela ne faisait pas dix secondes que je scrutais les lieux qu'un homme se leva et se retourna brusquement en m’interpellant ainsi : Ah ! C’est vous ! Venez près de moi !
Horreur ! C'était le barbu ! Je faisais signe que non avec le doigt, mais il insista jusqu'à "m’humilier" devant tous ces gens qui me scrutaient à présent. Alors, m’entourant de son bras, il me conduisit au premier rang. Je reconnus la femme qui l’accompagnait, sa compagne en fait. Je me retrouvais donc pris au piège dans cette souricière et je sentais les regards inquisiteurs de cette assemblée qui allait sûrement me dévorer tout cru dès que la réunion serait terminée !
Le pasteur me demanda mon nom, confirma m’avoir croisé dans l’appartement de ma belle-sœur et me remercia d’avoir accepté l’invitation qu'il nous avait faite mais m’avoua être surpris que je sois venu assister à une réunion de jeûne et prière plutôt qu’à la réunion d’évangélisation qui avait lieu à 15h.
Je n’osai pas ouvrir la bouche devant ce public inconnu et je laissai croire que mon empressement à les voir m’avait fait venir en avance.
J'ai commencé à vivre une dimension nouvelle dès l’instant où il s’éleva derrière moi des prières. Ces prières étaient tellement belles et tellement nouvelles pour moi, cette spontanéité à formuler devant Dieu des demandes et à exposer les sentiments des cœurs, cette liberté de parler sous forme de chant et ces "parlers en langues" que j’assimilais à des langues orientales ou asiatiques mais incompréhensibles et quelque peu barbares, oui ! Tout cela créait une dimension nouvelle.
Un flot de questions m’embarrassait, alors que le Barbu se présentait au pupitre : Pasteur Jean-Loup SALZMAN !
Il proposa d’ouvrir la Bible et de s’y rejoindre sur un passage ! La Bible, m'étonnai-je ! J’aurais dû apporter la mienne… si j’avais su ! Une main venant de derrière moi me tendit une petite Bible à la page indiquée. Je remerciais la personne et mon regard se perdit au milieu de tous ces versets pendant que le Pasteur lisait.
Je constatai que l’Ancien Testament était toujours en vigueur et rattaché au Nouveau et, en plus, on avait ajouté pas mal de livres à mes quatre Evangiles ! Moi qui pensais qu’il n’y en avait que quatre ! A voir le contenu de cette Bible, je pensais que j’en aurai pour plus de trois jours à la lire, mais je comptais bien la comparer à la mienne et je me suis alors décidé à m'en procurer une dans l'endroit qui m'accueillait !
Mais pourquoi la libraire m’avait-elle proposé l’Ancien ou le Nouveau testament ?
Enfin, le pasteur commença une courte prédication. D’abord, je pensais à un coup monté. Mais par qui ? Je ne le savais pas, mais ça semblait bien monté car le Pasteur parlait de l’importance de notre vie devant Dieu et de notre valeur à ses yeux. Il disait aussi que certains détruisent leur vie par le pêché, l’alcool et d’autres choses et que d'autres, ignorant l’Amour de Dieu à leur égard, attentent à leur vie.
A la fin de la prédication, je ne pouvais plus m’empêcher de pleurer dans mes mains? Mon cœur était transpercé. J’ai alors senti une main sur mon épaule tandis que le Pasteur et toute l’assemblée priaient très fort pour moi. Plus ils priaient et plus je pleurais, (une prière liquide… peut-être… sans doute !).
Je suis resté à la seconde réunion où beaucoup de personnes sont venues me saluer. Je n’ai jamais ressenti autant de simplicité et d’amour qu’en ce lieu, entouré de personnes que je ne connaissais pas et qui pourtant ne me mettaient pas mal à l'aise. Cette sensation, je ne l'avais jamais ressentie auparavant.
A partir de ce jour à Epinal et durant cinq ans, je n’ai plus quitté cette assemblée et je n'ai plus touché, ni à une cigarette, ni à de l’alcool, ce, du jour au lendemain et absolument sans aucunes souffrances, celles qu'aurait pu provoquer le manque de ces drogues !
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