Le Salut peut-il se perdre ?


Article de Bibliquest.org

Bien, pourrait dire quelqu’un, vous avez cité maintenant beaucoup de passages qui prouvent la sûreté du salut du croyant, mais il y en a tout autant, voire plus, qui parlent de l’abandon, du rejet ou du naufrage de la foi !

C’est vrai, aussi allons-nous maintenant examiner avec soin ces passages souvent difficiles. Nous le ferons en gardant en mémoire les versets de la Bible examinés précédemment qui montrent qu’un enfant de Dieu ne peut plus être perdu. Pour les nouveaux passages étudiés, nous regarderons s’ils concernent vraiment des croyants, ou bien seulement des hommes qui se nomment chrétiens, mais ne sont pas nés de nouveau.

Au cours d’une telle recherche, nous ne devons jamais utiliser des passages que nous ne comprenons pas entièrement, pour rejeter un autre passage qui ne permet pas d’hésitation. C’est pourquoi nous ne pouvons que recommander vivement d’examiner sérieusement, la Bible en main, ce qui a été présenté ci-dessus.

Beaucoup de difficultés viennent du fait que le salut a une portée très large. Pour chaque passage, il faudra donc rechercher quelle est la véritable signification des mots «salut» ou «sauver». La Parole considère trois aspects (1*) du salut

a) le salut initial de l’âme (2*), salut éternel obtenu à la nouvelle naissance,

b) le salut journalier (3*), c’est-à-dire les délivrances divines journalières au milieu des difficultés dans le chemin vers le but céleste,

c) le salut final en gloire (4*), c’est-à-dire l’entrée dans la gloire à la venue de Christ.

Le croyant a l’assurance, dès le moment de sa nouvelle naissance, qu’il est déjà sauvé pour l’éternité, et qu’il sera sauvé «entièrement» , «jusqu’à l’achèvement», selon l’expression de l’épitre aux Hébreux (5*), c’est-à-dire jusqu’à l’entrée dans la gloire avec Jésus. Ce qui lui donne cette assurance, c’est qu’il est constamment soutenu par l’intervention toute-puissante de Christ exerçant la sacrificature pour nous auprès de Dieu. Nous recevons ainsi chaque jour le secours dont notre faiblesse a besoin.

(1*) En dehors de ces trois aspects présentés ci-après, la plupart des passages de l’Écriture présentent le salut comme l’oeuvre de Dieu, en délivrance, soit pour Israël dans la plupart des versets de l’Ancien Testament soit pour tous les hommes, par l’oeuvre de Christ à la croix, déjà dans l’Ancien Testament (És. 49:6 cité en Act. 13:47), mais aussi dans la plupart des passages du Nouveau Testament. Par exemple, les passages de Rom. 1:16 et 11:11 et Héb. 2:3 et 10 englobent les trois aspects donnés ci-après.

(2*) 1 Pi. 1:9 ; Rom. 1:16 ; 10:10 ; 1 Cor. 1:18 ; Éph. 6:17.

(3*) Phil. 1:19 ; 2:12 ; 2 Cor. 1:6 ; 7:10

(4*) Rom. 13:11 ; Héb. 9:28 ; 1 Pi. 1:5 ; Phil. 3:20

(5*) Héb 7:25 (voir la note de traduction)

 

4.1   L’homme n’est-il pas libre ?

On affirme que la volonté de l’homme est libre. Il ne serait sauvé que tant qu’il se consacre aux choses de Dieu. Un croyant pourrait décider, par un acte de sa volonté, de renier Jésus Christ, ce qui rendrait l’élection inopérante. Ne serait-il pas alors à nouveau perdu ?

Avant la chute, l’homme avait bien une volonté libre, c’est-à-dire, qu’il avait la possibilité — non pas le droit — de se décider contre Dieu. Mais depuis la chute, un homme naturel est esclave (Jean 8:34 ; Rom. 6:17) du péché et asservi ainsi à la puissance (Act 10:38 ; Héb. 2:15) de Satan. C’est pourquoi il doit se tourner du pouvoir de Satan vers Dieu (Act. 26:18). En fait, c’est Dieu, le Père, qui nous a délivrés du pouvoir des ténèbres (Col. 1:13).

Personne n’est sauvé par une vie de dévouement, mais seulement parce qu’il est né de nouveau, et il sera gardé par la puissance de Dieu (1 Pi. 1:5). De même un croyant ne choisit pas de rester croyant, mais Dieu l’a prédestiné pour l’adopter comme un fils pour l’éternité selon le bon plaisir de sa volonté (Éph. 1:4-6). Celui qui enseigne qu’un croyant peut perdre le salut, voudrait-il annuler la volonté de Dieu ? La volonté de l’homme n’est pas libre : elle est si entièrement pécheresse et mauvaise, que personne ne pourrait être sauvé, si Dieu n’avait pas élu et appelé des hommes (Jean 6:44). Cela n’enlève rien à la responsabilité du pécheur de se convertir (*).

(*) Voir les paragraphes 3.1.1 et 3.4.1

4.2   Sauvé sous condition ?

Regardons d’abord les passages qui semblent donner une condition au maintien du salut.

 

4.2.1       Et si quelqu’un ne persévère pas ?

 

«Celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé» (Matt. 24:13),

«Si vous persévérez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples» (Jean 8:31).

De ces passages, on conclut que si quelqu’un ne persévère pas, ou ne demeure pas dans la parole du Seigneur, il va à la perdition. Cette conclusion est correcte, mais nous allons voir qu’elle ne concerne pas la perdition éternelle de l’âme.

Dans le premier passage, il s’agit des croyants de la période qui suivra l’enlèvement de l’Église, juste avant que le Seigneur n’établisse son règne de justice et de paix. Il y aura alors des persécutions effroyables qui feront fléchir beaucoup de fidèles. Seuls ceux qui persévéreront jusqu’à la fin, seront sauvés dans le sens où ils accueilleront le Seigneur et entreront dans son royaume. Le verset qui suit confirme cette explication car il y est question de «l’évangile du royaume» et non de l’évangile de la grâce qui nous concerne actuellement. Ainsi ce passage ne concerne pas directement le croyant du temps de l’Église, bien qu’il comporte une exhortation à la persévérance valable pour tous les temps.

Dans le deuxième passage, il est question d’être disciple du Seigneur. Le mot disciple signifie simplement «élève, celui qui écoute l’enseignement». Un vrai disciple est celui qui met en pratique l’enseignement en y persévérant. Écouter un enseignement ou le mettre en pratique sont deux choses bien différentes (Jac. 1:22). Il n’est pas question ici du salut qui consiste à être justifié devant Dieu par la simple foi en l’oeuvre de Christ.

Ce passage est à rapprocher du verset : «Nul qui a mis la main à la charrue et qui regarde en arrière, n’est propre pour le royaume de Dieu» (Luc 9:62 ). Mettre la main à la charrue est un bon départ. Cependant celui qui se retourne, et met père et mère au-dessus du Seigneur, montre que son coeur n’est pas avec le Seigneur. Dans le livre de Ruth, Orpa avait bien commencé. Cependant, lorsqu’elle se trouva en face du choix décisif, elle laissa Israël et le Dieu d’Israël et choisit Moab (Ruth 1:14-15). De même, la femme de Lot sortit de Sodome, mais se retourna pour regarder et resta en arrière ; son coeur demeurait encore à Sodome, même si ses pieds en étaient déjà sortis. Elle a finalement désobéi au message du salut et fut perdue (Gen. 19:26). L’une et l’autre ont perdu leur vie sur la terre. Nous ne pouvons savoir ce qu’il en est du salut éternel de leur âme, bien que le fait de ne pas persévérer dans la foi laisse penser qu’elles ne possédaient pas la vie de Dieu.

 

4.2.2       Et si quelqu’un n’est pas fidèle ?

En relation avec ce qui précède, on cite souvent : «Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de vie» (Apoc. 2:10).

Si quelqu’un n’est pas fidèle jusqu’à la mort, alors on en conclut, qu’il n’obtiendra pas non plus la vie éternelle. Dans ce passage, il n’est cependant pas question de salut, mais de récompense. Il n’est pas dit que celui qui est fidèle obtiendra la vie éternelle, mais la couronne de vie. Il s’agit ici de la récompense et non du salut, comme en Col. 2:18 : «Que personne ne vous frustre du prix du combat». L’Écriture parle de cinq couronnes :

* La couronne incorruptible, récompense d’une course persévérante dans le combat chrétien (1 Cor. 9:25-26).

* La couronne du serviteur, récompense d’un service fidèle pour le Seigneur (1 Thes. 2:19 ; Phil. 4:1).

* La couronne de justice, récompense d’une marche dans la justice pratique que le Seigneur approuvera publiquement au jour de son apparition (2 Tim. 4:8).

* La couronne de vie, récompense de la fidélité dans l’épreuve et les souffrances pour Christ, même jusqu’à la mort (Jac. 1:12 ; Apoc. 2:10).

* La couronne inflétrissable de gloire, récompense du dévouement de ceux qui paissent le troupeau de Dieu (1 Pi. 5:2-4).

Il se pourrait que je ne reçoive aucune de ces couronnes promises aux vainqueurs, et cependant que je sois sauvé. L’Écriture dit : «Si l’ouvrage de quelqu’un vient à être consumé, il en éprouvera une perte, mais lui-même, il sera sauvé, toutefois comme à travers le feu» (1 Cor. 3:15). Évidemment aucun enfant de Dieu ne souhaiterait être sauvé de cette manière. Personne ne voudrait être délivré les mains vides comme Lot sortant de Sodome.

 

4.2.3       Et si quelqu’un se retire ?

«Plusieurs de ses disciples se retirèrent ; et ils ne marchaient plus avec lui» (Jean 6:66).

Un grand nombre de disciples suivaient le Seigneur. Cependant lorsqu’il parle de ses souffrances et de sa mort et qu’il leur dit qu’ils n’auraient la vie éternelle et ne demeureraient en communion avec lui que s’ils mangeaient sa chair et buvaient son sang, images de la foi au Sauveur mort pour eux, alors ils se retirent. Cet enseignement était trop dur pour eux. Ils ne voulaient pas recevoir cette parole. Cet épisode montre que la pensée d’avoir part à la mort du Seigneur comme une nécessité pour avoir la vie est insupportable à l’homme naturel, même s’il était initialement animé de bons sentiments.

Il y a là un avertissement solennel pour tous, y compris ceux qui sont réellement des croyants et disciples du Seigneur. On ne peut à la fois suivre le Seigneur et marcher selon nos propres préférences ou nos propres idées, refusant ainsi un évangile qui offre un salut qui passe par la mort du Sauveur, et la participation du croyant à cette mort. La Parole ne permet toutefois pas d’en dire plus sur ceux qui se sont retirés. Certains, comme Joseph d’Arimathée (1*), étaient tout de même disciples dans leur coeur mais sans témoignage public, d’autres n’étaient disciples qu’extérieurement. L’apôtre Jean dit à ce sujet : «Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils eussent été des nôtres ils fussent demeurés avec nous» (2*).

(1*) Joseph d’Arimathée avait, semble-t-il, réellement cru, même s’il n’était disciple qu’en secret (Jean 19:38 ; 12:42)

(2*) 1 Jean 2:19, voir aussi Jean 2:23-25

 

4.2.4       Et si quelqu’un s’en va ?

Alors que plusieurs disciples s’étaient retirés, le Seigneur Jésus demande aux douze : «Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ?» (Jean 6:67). Quel sens a cette question si, au fond, les disciples ne peuvent pas abandonner le Seigneur ?

Premièrement, les douze n’étaient pas tous de vrais disciples. Judas était avec eux, et cette question était très certainement un appel à sa conscience. Ensuite, les disciples, tout en croyant dans leur coeur, risquaient d’abandonner momentanément le chemin difficile d’un témoignage public.

Cependant cette question a une autre portée. Le Seigneur la pose afin de toucher le coeur des douze. Et Simon Pierre donne la réponse qui doit jaillir du coeur de chaque croyant : «Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle» (Jean 6:68).

 

4.3   Et si quelqu’un abandonne la foi ?

Toute une série d’autres objections se fondent sur des passages qui parlent d’apostasier de la foi, de renier la foi, de faire naufrage quant à la foi, de foi vaine, etc... Nous les citerons en les commentant brièvement.

 

4.3.1       Apostasie collective

«Car ce jour-là ne viendra pas que l’apostasie ne soit arrivée auparavant et que l’homme de péché n’ait été révélé, le fils de perdition qui s’oppose et s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu» (2 Thes. 2:3-4).

Ce passage parle de l’apostasie collective qui est un sujet différent de celui de l’abandon de la foi personnelle. L’apostasie concerne le temps futur, où toutes les vérités de la foi chrétienne seront abandonnées sous l’influence de l’antichrist. Ce fils de perdition s’élèvera contre toute forme d’honneur rendu à Dieu et se fera lui-même adorer comme Dieu. Nous vivons déjà aujourd’hui le germe de ce qui éclatera plus tard au grand jour. De bien des manières, les fondements de la foi chrétienne sont secoués. Beaucoup ont jeté par-dessus bord ce qu’ils avaient autrefois reconnu. Depuis un siècle, une partie de la chrétienté a renié la divinité de Jésus Christ. Aujourd’hui, on touche à l’autorité divine de la Parole écrite et l’on met en question la résurrection de Jésus Christ. Bientôt, la chrétienté de nom rejettera entièrement le contenu de la foi chrétienne et suivra l’antichrist. C’est ici l’apostasie qui doit arriver, avant que vienne le jour du Seigneur (2 Thes 2:2-3).

Nous trouvons les mêmes pensées dans l’épître aux Romains. Les branches de l’olivier «ont été arrachées pour cause d’incrédulité, et toi tu es debout par la foi. Ne t’enorgueillis pas, mais crains (si en effet Dieu n’a pas épargné les branches qui sont telles selon la nature) qu’il ne t’épargne pas non plus. Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : la sévérité envers ceux qui sont tombés ; la bonté de Dieu envers toi, si tu persévères dans cette bonté ; puisque autrement, toi aussi, tu seras coupé» (Rom, 11:20-22).

Il ne s’agit pas ici de l’abandon de la foi personnelle, comme le montre le contexte des chapitres 9 et 10. L’apôtre parle des juifs et les appelle branches de l’olivier. Israël était le porteur du témoignage de Dieu sur la terre. Les promesses lui étaient destinées et il était l’objet de la miséricorde de Dieu. Mais, à cause de son incrédulité, il a été coupé et à sa place furent greffées les autres nations. La miséricorde de Dieu se tourne maintenant vers les non-Juifs et suscite un témoignage au milieu d’eux. Mais si les nations méprisent la bonté de Dieu, le témoignage divin leur sera également ôté comme le fut le témoignage juif, et Israël sera à nouveau greffé. La chrétienté apprécie-t-elle la bonté de Dieu ? Ce que nous voyons autour de nous montre que non. Nous allons donc vers le moment où Dieu mettra de côté le témoignage de la chrétienté. Le Seigneur fait dire à l’assemblée à Laodicée qui représente partiellement l’Église de la fin : «Parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni bouillant, je vais te vomir de ma bouche» (Apoc. 3:15-16).

 

4.3.2       Hyménée et Alexandre

De ce qui précède concernant l’apostasie globale de la chrétienté comme témoignage collectif sur la terre, il ne faudrait pas déduire que l’Écriture ne parle pas de l’apostasie individuelle de certains individus. En effet :

* Hyménée et Alexandre ont fait naufrage quant à la foi (1 Tim. 1:19-20),

* certains risquaient de renier la foi (1 Tim. 5:8),

* d’autres se sont écartés de la foi (1 Tim. 6:21),

* Hyménée et Philète avaient renversé la foi de quelques-uns (2 Tim. 2:17-18),

* quelques-uns apostasieront de la foi dans les derniers temps (1 Tim. 4:1),

* Paul avait envoyé Timothée auprès des Thessaloniciens pour connaître ce qu’il en était de leur foi, craignant que le tentateur ne les eût tentés et que son travail ne fût rendu vain (1 Thes. 3:5-6),

* quelques veuves s’étaient détournées après Satan (1 Tim. 5:15).

 

Avant d’étudier ces passages, il nous faut comprendre les trois significations différentes du mot «foi».

 

1° Le mot «foi» peut exprimer la foi personnelle en Jésus Christ, celle qui est liée au salut de l’âme. C’est une énergie produite par la grâce dans l’âme qui saisit les promesses de Dieu et le salut en Christ. C’est l’acceptation de ce que Dieu dit au sujet de son Fils et la réception du Sauveur. Par cette foi, nous sommes justifiés devant Dieu qui purifie nos coeurs par elle (Rom. 5:1 et Act. 15:9). Cette foi est liée à la nouvelle naissance et à la possession de la vie éternelle. Ce côté de la foi est essentiellement intérieur, et il est réservé à Dieu seul d’avoir la connaissance de sa réalité.

2° Le mot «foi» peut exprimer la confiance entière dans le Seigneur et dans sa Parole (1 Tim. 1:5, 1 Cor. 12:9, Matt. 21:21 et 2 Cor. 5:7). Ce côté de la foi est plus extérieur, et les hommes peuvent en avoir connaissance. C’est même le seul moyen, accessible aux autres hommes, y compris les croyants, leur permettant de reconnaître chez quelqu’un l’existence de la foi, dans le premier sens. Cet aspect de la foi est une force qui modifie le comportement et fait agir. Elle produit des oeuvres. Les témoins de la foi du chapitre 11 des Hébreux agirent tous «par la foi», elle était pour eux un principe d’action.

3° Le mot «foi» peut exprimer le contenu de la foi, ce que l’on croit, autrement dit de l’ensemble des vérités du christianisme, la doctrine chrétienne. Ainsi Jude nous exhorte «à combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints» (Jude 3), et Paul avertit les Colossiens : «si du moins vous demeurez dans la foi, fondés et fermes» (Col. 1:23). On peut transmettre l’enseignement de la foi, alors que la foi personnelle en Jésus Christ, ainsi que la confiance pratique de la foi, ne peuvent se communiquer à d’autres.

 

Dans les passages cités au début de ce paragraphe concernant des apostasies individuelles, il s’agit principalement du troisième côté de la foi, même si le deuxième côté peut aussi être inclus. Il est question d’abandonner le contenu de la foi, en adhérant à de fausses doctrines, par exemple la doctrine selon laquelle la résurrection avait déjà eu lieu (2 Tim. 2:18). Il s’agit de faire profession de la connaissance faussement ainsi nommée (1 Tim. 6:20) ou de s’attacher à des esprits séducteurs et à des enseignements de démons (1 Tim. 4:1). Paul parle, dans le même sens, de ceux qui se sont écartés de la vérité (2 Tim. 2:17). Un tel état s’accompagne généralement d’une perte de la confiance pratique (deuxième aspect de la foi). Mais la question de la foi personnelle dans le Seigneur Jésus (premier côté de la foi) n’est pas abordée dans ces passages, et Dieu seul sait ce qu’il en est (2 Tim. 2:19 et 1 Cor. 8:3). Elle peut ne pas avoir existé, auquel cas la personne se détourne sans avoir jamais eu la vie de Dieu ni aucun lien effectif avec Dieu. Elle peut exister et avoir produit la nouvelle naissance (*). Le croyant possède alors la vie divine qui demeure à toujours (Jean 10:28-29). Mais ces passages des épîtres à Timothée n’abordent pas ce point de vue.

(*) On peut citer le cas de Salomon qui, tout en étant un véritable croyant, s’est grandement détourné de son Dieu à la fin de sa vie et a pratiqué l’idolâtrie. La fin de Lot est également bien triste. On en déduirait facilement qu’il n’était pas sauvé si la Parole n’affirmait l’inverse en le qualifiant de juste c’est-à-dire de justifié (2 Pi. 2:7).

 

4.3.3       Et si notre foi est vaine ?

L’apôtre parle de la possibilité d’une foi vaine : «À moins que vous n’ayez cru en vain», «votre foi aussi est vaine» (1 Cor. 15:2, 14, 17). Dans ces versets, il s’agit véritablement de la foi qui conduit au salut. Mais quand donc cette foi serait rendue vaine ? S’il n’y avait pas de résurrection des morts !

Paul n’affirme en aucune manière que quelqu’un pourrait croire en vain dans le Seigneur Jésus parce qu’il pourrait abandonner cette foi. Ce qu’il dit ici n’est que la conclusion logique d’une fausse hypothèse. De fausses doctrines s’étaient introduites chez les Corinthiens. Quelques-uns disaient qu’il n’y avait pas de résurrection des morts. Si cela était vrai, la foi en Christ serait vaine, c’est-à-dire sans aucune valeur et nous serions encore dans nos péchés, et par là, perdus. Mais Christ est ressuscité, et la foi n’est pas une chose vaine.

Ailleurs, l’apôtre parle de recevoir la grâce en vain : «Nous exhortons à ce que vous n’ayez pas reçu la grâce de Dieu en vain» (2 Cor. 6:1). Collectivement les Corinthiens avaient reçu la grâce de Dieu qui avait produit de puissants effets au milieu d’eux. Cependant cette réception ne servait à rien si elle n’était suivie d’une foi individuelle et de coeur. C’est pourquoi l’apôtre les exhorte immédiatement après en leur rappelant que c’est aujourd’hui le jour du salut. On verra un enseignement semblable donné aux croyants hébreux (voir chapitre 4).

 

4.4   Et si quelqu’un renie le Seigneur ?

Plusieurs passages nous avertissent des graves conséquences d’un reniement du Seigneur. Analysons-les pour voir s’ils montrent qu’un croyant pourrait perdre le salut de son âme.

 

4.4.1       Lui aussi nous reniera !

«Quiconque me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux» (Matt. 10:33).

«Celui qui m’aura renié devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu» (Luc 12:9).

«Si nous le renions, lui aussi nous reniera» (2 Tim 2:12).

On peut renier le Seigneur en paroles, déclarer ne pas le connaître, mais aussi le faire en actions (Tite 1:16 ; 2 Pi 2:1 ; Jude 4). Ces versets sont des avertissements des plus solennels adressés à tous les chrétiens sans distinction, pour insister sur le sérieux de faire profession de christianisme. Il ne saurait être question d’en affaiblir la valeur sur nos consciences.

Le «si nous le renions», en 2 Tim. 2:12, a été donné pour les croyants à un moment où le mal était déjà tel dans l’assemblée qu’il était impossible de distinguer ceux qui avaient réellement la vie divine. L’assemblée était comme une grande maison dans laquelle il y a toutes sortes de vases qui représentent toutes sortes de personnes confessant le Seigneur.

Dans l’original, l’expression «si nous le renions» est au futur. Sa force semble correspondre à un reniement définitif et non à un acte temporaire. Ainsi, Pierre a nié connaître le Seigneur devant plusieurs témoins (Matt. 26:69-75 ;Luc 22:56-62). Mais ce reniement de la bouche a été momentané. C’était un croyant, ayant donc la vie divine. Il aimait le Seigneur dans le fond de son coeur et s’est repenti en pleurant amèrement aussitôt après sa défaillance. Jésus lui a pardonné et l’a restauré (Jean 21:15-17). Sa grâce travaille toujours dans le coeur des siens pour qu’il en soit ainsi.

À l’inverse, comme nous le voyons souvent dans cette étude, celui qui n’a pas la vie peut tomber dans un reniement définitif et sans repentance. C’est celui-là que le Seigneur reniera au jour du jugement final.

Peut-être y a-t-il également un reniement plus extérieur qui ne touche pas le salut de l’âme mais seulement la présentation publique du serviteur. Le verset de 2 Timothée peut concerner un tel reniement, car cette épître parle du service et évoque le jour de l’apparition du Seigneur, c’est-à-dire un jour de récompenses publiques (2 Tim. 4:8). Une parole du Seigneur renforce ce point de vue : «Quiconque aura honte de moi et de mes paroles, le fils de l’homme aura honte de lui quand il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges» (Luc 9:26).

 

4.4.2       Renier le maître qui les a achetés

On tire aussi des épîtres de Pierre quelques objections. Ainsi Pierre parle de gens qui renient le maître qui les a achetés, faisant venir sur eux-mêmes une prompte destruction (2 Pi. 2:1). Quelle est l’explication de ce verset ?

L’apôtre désigne de cette manière des faux docteurs et les compare aux faux prophètes en Israël. Est-ce que les faux prophètes étaient réellement des serviteurs de Dieu ? Non ! Alors ceux dont parle Pierre ne sont pas davantage des disciples du Seigneur.

Mais ces faux docteurs ont pourtant été achetés par le Seigneur en tant que maître (le mot grec employé ici signifie «maître d’un esclave», celui qui possède un esclave, l’ayant acheté). En effet, Jésus Christ a payé le prix pour tous les hommes comme on le voit dans la parabole de Matthieu 13:44. L’homme, qui représente le Seigneur Jésus, n’achète pas seulement le trésor dans le champ, mais il achète tout le champ, c’est-à-dire tout le monde (Matt. 13:37), et en particulier tous les professants, qu’ils aient ou non la vie de Dieu. Si quelqu’un se réclame de la foi chrétienne, il reconnaît en cela que Jésus est son maître et qu’il a le devoir de le servir (Rom. 6:13). Si cet homme se révèle plus tard être un faux docteur, qui veut entraîner le troupeau après lui, il renie par-là le maître qui l’a acheté.

 

4.4.3       Et si quelqu’un retourne au bourbier ?

Dans le même chapitre, l’apôtre Pierre parle de ceux qui se détournent pour marcher dans l’immoralité et injurient les dignités. Pour eux, il «eût mieux valu ne pas avoir connu la voie de la justice, plutôt que de se détourner, après l’avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné». Pierre compare ces gens à un chien qui retourne à ce qu’il avait lui-même vomi, et à une truie lavée, qui se vautre au bourbier (2 Pi. 2:22).

Par cette comparaison, il montre qu’il ne s’agit pas d’enfants de Dieu. En effet, il ne dit pas que la brebis retourne à ce qu’elle a vomi, mais que le chien y retourne. Une truie peut être bien lavée, mais elle retournera pourtant dans la saleté. Un chien propre et une truie lavée ne sont pas pour autant changés dans leur nature. Ils ne sont pas devenus des brebis. Ils ne sont purifiés que pour un certain temps. Ainsi, certaines personnes, qui se disent chrétiennes, ont échappé pour un moment à la souillure du monde par la connaissance de Jésus Christ (2 Pi. 2:20), mais , semblables à ces animaux impurs, elles y sont retournées à nouveau. Pour elles, il aurait mieux valu ne pas avoir connu la voie de la justice, car maintenant, elles sont plus coupables qu’un ivrogne ou qu’un dépravé dont les oreilles n’auraient jamais entendu l’évangile. Ces personnes se sont imposé un certain temps une purification extérieure de leur vie, mais n’ont jamais eu une purification intérieure selon la Parole. C’est pourquoi l’apôtre les désigne aussi comme des «injustes» (2 Pi. 2:9). À aucun moment, elles n’ont été justifiées par la foi ; à aucun moment, elles ne sont nées de nouveau.

 

4.4.4       Et si quelqu’un déchoit de sa fermeté ?

La deuxième épître de Pierre contient aussi un verset cité comme une objection : «Prenez garde, de peur qu’étant entraînés par l’erreur des pervers, vous ne veniez à déchoir de votre propre fermeté» (2 Pi. 3:17).

Un véritable croyant peut faire une chute. Aussi avons-nous besoin d’être constamment avertis et exhortés. Il est toujours possible, même après avoir eu un excellent témoignage, de tomber dans une vie de péché si l’on ne veille dans la prière. Dans un tel cas, cela signifie-t-il que nous sommes perdus ? Non, ce n’est pas possible pour celui qui est réellement né de nouveau. Jésus Christ est son avocat auprès du Père (1 Jean 2:1), et l’Esprit de Dieu effectue en lui un travail de restauration (Ps. 23:3). David fit une chute terrible, mais, avec un coeur brisé, il reconnut devant Dieu sa culpabilité, et demanda : «Rends-moi la joie de ton salut» (Ps. 51:12) et fut rétabli. Pendant sa chute, il avait perdu la joie de se savoir sauvé et non le salut.

 

4.5   Le Seigneur peut-il nous rejeter ?

Voyons maintenant quelques versets qui montrent que le Seigneur juge les croyants et donc semble pouvoir leur ôter le salut.

 

4.5.1       Et si quelqu’un n’est pas vainqueur ?

 

Les lettres adressées aux sept assemblées de Apocalypse 2 et 3 contiennent les expressions : «À celui qui vaincra ...» suivi de la promesse d’une bénédiction. La question est alors posée : «Celui qui n’est pas un vainqueur, est-il sauvé ?»

Dans ces chapitres, l’Esprit s’adresse à la responsabilité des assemblées au milieu desquelles il y a des vainqueurs et d’autres qui ne le sont pas. Chacun est invité à avoir un comportement tel qu’il soit un vainqueur et reçoive la récompense annoncée. C’est le côté de l’homme qui est mis en avant et qu’il convient de retenir. Pour comprendre ces exhortations, il faut se laisser pénétrer de la force du passage et ne pas l’obscurcir par d’autres parties de la Parole. Il ne s’agit pas alors d’évoquer par exemple l’élection ou la grâce souveraine de Dieu sachant que nos esprits limités ne peuvent les concilier avec la responsabilité des hommes.

Quand un homme appartient à une assemblée, il est supposé être converti et avoir la vie. Il ne s’agit plus pour lui d’être vainqueur en venant à la connaissance du Sauveur pour être justifié devant Dieu. C’est une étape qui est déjà franchie. Par contre, il doit mener un combat en tant que chrétien au sein de son assemblée. Il doit tenir ferme dans la fidélité au Seigneur de toute manière. C’est dans ce sens qu’il peut ou non être un vainqueur et que le Seigneur l’encourage par la promesse de récompenses.

Parmi les récompenses, plusieurs d’entre elles semblent être la part de tous les rachetés du Seigneur de l’époque de la grâce. Par exemple, tous mangeront de l’arbre de vie (Apoc. 2:7), n’auront pas à souffrir de la seconde mort (Apoc. 2:11) et ne seront pas effacés du livre de vie. Seulement l’Esprit fait briller pour chacun la partie des bénédictions futures la plus en rapport avec les combats à mener dans son assemblée. Ainsi, pour les chrétiens de Smyrne, la seconde mort est évoquée, parce que plusieurs auraient à subir le première mort comme martyrs. Mais cela ne veut pas dire qu’eux seuls n’auraient pas à connaître la seconde mort. En effet, ces chapitres présentent la part des vainqueurs sans qu’il soit toujours parlé du sort des autres.

 

4.5.2       Et si un nom est effacé du livre de vie ?

Parmi les récompenses promises dans ces chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse, il y en a une qui concerne directement notre sujet et présente quelques difficultés. En effet le Seigneur dit au vainqueur de l’assemblée à Sardes : «je n’effacerai point son nom du livre de vie» (Apoc. 3:5). Faut-il en déduire que le nom d’autres croyants sera effacé ?

À Sardes, il est question d’une assemblée qui a seulement le nom de vivre et dans laquelle beaucoup n’ont malheureusement pas la vie de Dieu. Mais ces derniers sont, pour ainsi dire, sur la liste des vivants, puisqu’ils sont dans une assemblée qui a le nom de vivre. Pourtant, devant Dieu, ce nom de vivre, cette étiquette qui ne correspond pas à la réalité, devra être ôtée par le Seigneur lui-même. Il n’en sera pas de même des vainqueurs : leur nom, écrit bien clairement dans le livre de vie ne sera pas effacé, lorsque le Seigneur révélera toutes choses et les confessera comme lui appartenant réellement.

Cette récompense, bien propre à soutenir la foi de croyants qui souffrent au milieu d’un ensemble sans vie, ne veut pas dire que les noms d’autres croyants seront effacés du livre de vie. Pour bien interpréter la Parole, il faut s’en tenir à ce qui est clairement affirmé et ne pas faire des déductions sur ce qui ne l’est pas, surtout pour l’opposer à d’autres versets. Si par exemple je dis à mon enfant : «Si tu es sage, nous irons nous promener» , cela ne préjuge pas de ce que je ferai s’il n’est pas sage. Peut-être, n’irons-nous pas nous promener ensemble, mais peut-être que nous irons après que j’ai grondé mon fils.

Tel est le sens général de la lettre à l’assemblée à Sardes. Mais si l’on veut donner le sens précis de l’expression «le livre de vie», il faut être prudent et noter deux significations qui ne se contredisent pas.

Le livre de vie peut être vu comme le livre de la profession chrétienne sur la terre, de même qu’il y a eu autrefois une profession au sein du judaïsme pour le peuple d’Israël qui était un peuple de professants (Ps. 69:28 ; Exode 32:32). Des noms, inscrits sur ce registre-là, pourront, hélas, être effacés si ceux qui les portent ont seulement «le nom de vivre» , mais sont morts aux yeux de Dieu (Apoc. 3:1).

D’autre part, le livre de vie doit être aussi vu comme le livre où sont inscrits ceux qui héritent de la vie éternelle. Lorsque les morts se tiendront un jour devant le grand trône blanc, le livre de vie sera là comme un témoin silencieux (Apoc. 20:12, 15). Alors ne s’y trouveront que les noms de ceux qui ont la vie de Dieu. Ils sont naturellement déjà connus de Dieu auparavant. C’est pourquoi nous lisons plus loin (Apoc. 13:8 et 17:8) que leur noms sont écrits dans le livre de vie dès la fondation du monde. Ce livre porte aussi le nom : «livre de vie de l’Agneau immolé». Les noms de ceux qui y figurent ne peuvent pas être effacés.

 

4.5.3       Et si le sarment est ôté ?

Le Seigneur Jésus a dit : «Moi, je suis le vrai cep, et mon Père est le cultivateur. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’ôte ; et tout sarment qui porte du fruit, il le nettoie, afin qu’il porte plus de fruit . ... Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car, séparés de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il sèche, et on les amasse, et on les met au feu, et ils brûlent» (Jean 15:1-2, 5-6). Ainsi il y a des personnes qui sont comme ces sarments ôtés, jetés dehors et brûlés. Est-ce que cela veut dire qu’elles ont perdu le salut ? Pour répondre à cette question, il nous faut d’abord étudier le contexte de ces versets.

Israël était la vigne que Dieu avait arrachée d’Égypte pour la replanter en Canaan (Ps. 80:8-16). Là le peuple devait porter du fruit pour Dieu. Mais au lieu de bons raisins, la vigne ne produisit que des raisins sauvages (És. 5:1-7). Qu’arriva-t-il alors ? Dieu jugea cette vigne. Le témoignage de ce peuple fut rejeté. Maintenant le Seigneur Jésus se nomme lui-même le vrai cep et remplace Israël. De plus Israël était le fils que Dieu avait appelé hors d’Égypte (Osée 11:1), mais le peuple s’étant révélé être un fils désobéissant, le Seigneur Jésus fut véritablement le Fils. La prophétie d’Osée 11:1 trouva son accomplissement en lui, lorsqu’il revint d’Égypte avec ses parents (Matt. 2:15). Enfin, Israël a été appelé le serviteur de l’Éternel (És. 41:8 ; 44:1 ; 45:4), mais il a été un serviteur infidèle, tandis que le Seigneur Jésus Christ a pu être le serviteur fidèle de l’Éternel (És. 42:1 ; 52:13 ; 53:11).

Tout ceci nous montre que Dieu a voulu un témoignage sur la terre qu’il avait confié à Israël qui était sa vigne, son fils et son serviteur. À cause de son infidélité, ce peuple a dû être mis de côté et Christ a pris sa place en perfection sous ses trois aspects. Les disciples de Jésus Christ appartiennent à ce témoignage qui doit porter du fruit pour Dieu. Ils sont les sarments attachés au cep. Il y a cependant deux sortes de sarments : certains qui portent du fruit et d’autres qui n’en portent pas. Les premiers sont nettoyés, afin qu’ils portent plus de fruit, voire beaucoup de fruit ; les autres sont coupés, séchés et seront brûlés.

Le Seigneur ne parle pas ici de la possession de la vie éternelle, comme dans la parabole des brebis (Jean 10), mais il parle de porter du fruit, c’est-à-dire de faire des bonnes oeuvres pour la gloire de Dieu. Quiconque se réclame de Jésus Christ, est un sarment et, par-là, fait partie du témoignage chrétien sur la terre et a le devoir de porter du fruit. Quant à ce devoir, il en va selon la parabole du cep : si quelqu’un ne produit aucun fruit, il est une terre qui produit des épines et des chardons et qui mérite le jugement comme nous le verrons dans les explications sur le chapitre 6 de l’épître aux Hébreux (voir paragraphe 5.4 ). Il peut être retranché comme témoin, mais cela n’est pas directement en rapport avec le jugement éternel de l’âme.

 

4.5.4       Un enfant de Dieu peut-il périr ?

«Celui qui est faible, le frère pour lequel Christ est mort, périra par ta connaissance» (1 Cor. 8:11). L’apôtre a parlé, dans ce qui précède ce verset, de la responsabilité des «forts dans la foi» envers les «faibles». Supposons qu’il se trouve quelqu’un, fort en connaissance, qui entre dans un temple d’idoles, pour y manger de la viande. Il ne prend pas part aux rites concernant les divinités, car il n’y vient que pour chercher de la viande. Ce «fort en connaissance» tient la divinité pour rien. La viande n’est pour lui rien d’autre que de la viande ordinaire.

Un autre chrétien le voit entrer dans ce temple, mais celui-ci étant plus faible, sa conscience ne lui donne pas la même liberté pour agir de même. Parce qu’il voit l’autre entrer, et que lui-même aime aussi manger de la viande, il entre dans le temple, agit contre sa conscience, et se trouve en communion avec une idole. Le résultat en est qu’il retombe dans le paganisme. Est-ce que le «fort dans la foi» peut dire maintenant : «Ce faible dans la foi ne devait pas être un vrai chrétien, et je n’ai pas besoin de me faire des reproches à ce sujet ?» Non, le comportement sans amour d’un croyant peut amener un frère faible, dont la réalité de la foi est connue, dans les griffes du paganisme et le faire pratiquement périr dans son comportement et son témoignage chrétien. Si ce frère faible est un enfant de Dieu, né de nouveau, le Seigneur le ramènera sûrement, mais ce n’est pas dit ici, probablement afin de ne pas affaiblir le sentiment de notre responsabilité quand nous agissons sans tenir compte de nos frères plus faibles. L’apôtre utilise cet argument pour exhorter «les forts dans la foi» à ne pas vivre selon l’esprit de Caïn qui disait : «Suis-je, moi, le gardien de mon frère ?» (Gen. 4:9).

 

4.5.5       Paul... réprouvé ?

L’apôtre Paul écrit : «De peur qu’après avoir prêché à d’autres, je ne sois moi-même réprouvé» (1 Cor. 9:27). En tant que serviteur de Dieu, l’apôtre Paul se compare à un athlète qui court et qui combat. Il mortifiait son corps, l’asservissait, ayant devant lui une couronne incorruptible s’il était fidèle et craignant toujours qu’après avoir prêché à d’autres il ne soit lui-même réprouvé. Ce mot est très fort, il signifie «rejeté, disqualifié», comme un métal que l’on affine et qui se révèle inutilisable. Ce mot «réprouvé» se rapporte d’abord à Paul en tant que serviteur, mais il le concerne aussi en tant que croyant (*). Il n’est malheureusement que trop vrai qu’un homme peut servir publiquement le Seigneur un temps et ne pas lui appartenir.

(*) Dans les autres passages où le mot «réprouvé» est utilisé, le rejet par Dieu est manifeste, non seulement quant aux oeuvres mais aussi quant aux personnes elles-mêmes. Voir en particulier Rom. 1:28, 2 Tim. 3:8, Tite 1:16, Héb. 6:8.

Ainsi, Paul aurait pu annoncer l’évangile sans avoir lui-même la vie de Dieu. C’est par la persévérance dans le dévouement et la fidélité qu’il montrait qu’il n’en était pas ainsi. Paul sentait toute la responsabilité de la profession chrétienne. Il ne dit pas : «de peur qu’après avoir cru», mais : «de peur qu’après avoir prêché», car il s’agit ici de profession, et non pas de la foi, il s’agit de la responsabilité et non pas de la grâce. Comme toujours, l’apôtre, quand il parle de responsabilité, use des termes aussi absolus que possible. Cela ne veut pas dire que l’apôtre doutât en rien de la perfection de la grâce, mais il prenait au sérieux sa course chrétienne et en considérait toute la solennité. Par la fidélité avec laquelle il accomplissait son service, il montrait qu’il n’était pas un simple professant, mais un véritable enfant de Dieu.

Ce mot «réprouvé» est aussi employé pour les Corinthiens. L’apôtre leur écrit : «Ne reconnaissez-vous pas à l’égard de vous-mêmes que Jésus Christ est en vous ? à moins que vous ne soyez des réprouvés» (2 Cor. 13:5). Les Corinthiens cherchaient une preuve que Paul était réellement un apôtre de Jésus Christ. Il leur demande alors de s’examiner eux-mêmes pour voir s’ils étaient dans la foi. S’ils pouvaient répondre oui, alors ils étaient eux-mêmes la preuve concrète de son apostolat, car c’est par lui qu’ils avaient entendu l’évangile de Jésus Christ. Pour les amener à faire cette réponse il leur pose la question de savoir si Jésus Christ était en eux, autrement dit, s’ils étaient nés de nouveau. Puis il ajoute : «À moins que vous ne soyez des réprouvés» ! C’est l’un ou c’est l’autre, ou l’on a Christ en soi ou l’on est réprouvé. En cela, il n’est rien dit de la perdition d’enfants de Dieu. Comme évidemment les Corinthiens ne s’estimaient pas des réprouvés, le raisonnement de l’apôtre consiste à les amener à une hypothèse absurde afin qu’ils en déduisent qu’il n’était pas non plus possible que Paul ne soit pas réellement un apôtre de Jésus Christ.

 

4.6   Preuve ou condition ?

L’Écriture contient des «si» ou des «si du moins» qui semblent montrer qu’il y a une condition pour rester dans la faveur de Dieu et donc qu’il est possible de perdre le salut. Regardons s’il en est bien ainsi.

 

4.6.1       Exhortations pour un ensemble de professants

«Par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous tenez ferme la parole que je vous ai annoncée, à moins que vous n’ayez cru en vain» (1 Cor. 15:2).

«Si du moins vous demeurez dans la foi, fondés et fermes, et ne vous laissant pas détourner de l’espérance de l’évangile» (Col. 1:23).

«Et nous sommes sa maison, si du moins nous retenons ferme jusqu’au bout la confiance et la gloire de l’espérance» (Héb. 3:6).

«Si du moins nous retenons ferme jusqu’au bout le commencement de notre assurance» (Héb. 3:14).

Dans ces quatre passages, la Parole s’adresse à un ensemble de personnes dans lequel il peut y avoir des chrétiens de nom qui iront à la perdition. Si quelqu’un déclare être converti, se fait baptiser, devient membre de telle ou telle église, participe à la cène, enseigne les enfants ou fait tout autre activité chrétienne, mais se détourne plus tard de Jésus Christ en méprisant complètement son autorité, cela manifeste que, dans son coeur, rien n’est changé. Seul son comportement extérieur était modifié. Quelqu’un peut changer extérieurement pour un certain temps, sous l’effet de la doctrine chrétienne, mais ne pas être né de nouveau.

Cette différence apparaît de la façon la plus significative dans l’exemple de Pierre et de Judas. Pierre pécha gravement, mais persévéra malgré tout, jusqu’à la fin, car il croyait véritablement au Seigneur Jésus. Le Seigneur lui dit : «Mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas» (Luc 22:32). Pendant un moment, sa vie n’a pas correspondu à sa foi, il a renié son maître. Mais Jésus Christ l’a rétabli. Judas, par contre, fut pendant trois années et demi un disciple du Seigneur Jésus, et pourtant il était en même temps un voleur (Jean 12:6) n’agissant que par intérêt. Jésus le nomme un diable (Jean 6:70). Plus tard, sa trahison lui causa du remords (Matt. 27:3)mais sans qu’il y eut une véritable repentance. Sa fin fut un suicide par pendaison (Matt. 27:5). Par là, nous voyons l’immense différence entre un vrai croyant et un simple professant. Pierre fit une chute, Judas tomba définitivement. Seul celui qui garde les paroles de Jésus est un véritable enfant de Dieu (Jean 8:51).

Supposons qu’un prédicateur parle dans une salle, devant un public chrétien. Il demande : «Que ceux qui sont chrétiens se lèvent !». Peut-être tous se lèveront-ils ensemble, mais cela ne prouvera pas qu’ils sont tous de vrais chrétiens. On peut seulement dire que tous professent être chrétiens. Quelle sera maintenant la preuve qu’ils sont tous des croyants ? Le fait qu’ils demeurent fondés et fermes dans la foi, c’est-à-dire dans la doctrine chrétienne. Si quelqu’un abandonne ce qu’il a professé, on peut douter qu’il soit un vrai croyant, qu’il y ait en lui une foi véritable. Il est relativement facile de dire que l’on est sauvé ; montrer sa foi (Jac. 2:18) par son comportement est toute autre chose.

Ainsi dans ces passages, le «si» n’est pas une condition à l’obtention du salut éternel de l’âme, mais une démonstration pratique que ce salut est réellement possédé. C’est une preuve et non une condition. Lorsque le croyant est considéré comme étant «en Christ» (voir par exemple 2 Cor. 5:17), il n’y a point de «si» : tout est de Dieu. Lorsqu’il est considéré comme pèlerin ici-bas, il est en route vers la gloire, et doit tendre vers ce but. Alors viennent les «si» et les dangers et le besoin d’être gardé. L’âme sauvée est ainsi maintenue dans la dépendance de Dieu et dans la confiance en sa fidélité.

 

4.6.2       Le salut sous la loi

«Si le juste se détourne de sa justice…, vivra-t-il ?» (Éz. 18:24)

Dans ce chapitre d’Ézéchiel, Dieu déclare qu’un homme pécheur vivra, s’il se détourne du mal, fait du bien aux pauvres, n’a pas prêté avec intérêt, etc... Pourrions nous présenter cela, comme évangile, aux hommes de notre temps ? Non, ce serait clairement leur annoncer la loi. Supposons que, comme évangéliste, je dise à un alcoolique : «Abandonne la boisson, et sois un bon père de famille, et alors tu vivras». Serais-je alors réellement un serviteur de l’évangile ? Sûrement pas. Dans ce cas, j’aurais nourri cet homme de vaines promesses. Ainsi je ne dois pas non plus dire : «Toi qui es juste, si tu tombes dans le péché, tu mourras conformément à l’enseignement d’Ézéchiel». Je donnerais alors aux expressions «juste», «vivre» et «mourir» le sens qu’elles ont dans le Nouveau Testament mais qui n’est pas celui d’Ézéchiel où il ne s’agit ni de la justice en Jésus Christ, ni de la vie éternelle, ni de la mort éternelle, mais de la jouissance pratique de la vie sur la terre.

 

4.6.3       Sauvé . . . malgré la discipline et les épreuves

«Si le juste est sauvé difficilement, où paraitra l’impie et le pécheur ?» (1 Pi. 4:18)

Ce verset n’offre pas la moindre preuve en faveur de la pensée que le juste peut perdre le salut. Dieu y exprime clairement que le juste est sauvé pour l’éternité même si son chemin passe par toutes sortes d’exercices difficiles, comme le montre le contexte. Dieu utilise ces exercices pour purifier sa maison, car il ne tolère pas le mal chez ses enfants. Nous avons ici le même principe que lorsque Dieu dit à Israël : «Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités» (Amos 3:2).

Si tous les chrétiens atteignaient déjà sur la terre la perfection pratique, il n’y aurait plus besoin de sanctification. Mais il n’en est pas ainsi, Dieu se doit de faire tomber le jugement sur ce qui est inconvenant car il ne peut abaisser le niveau de sa sainteté. Si des hommes justifiés par le sang de Jésus Christ doivent être sauvés difficilement, c’est-à-dire n’atteindre la gloire qu’après bien des difficultés, où paraîtra donc le pécheur dont les péchés n’ont pas été lavés par le sang de Jésus Christ ? Le jugement éternel l’attend. Mais le juste sera sauvé, même s’il ne l’est qu’en surmontant des obstacles douloureux par la foi et avec le secours du Seigneur.